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Publié dans Livres

Les choses humaines

Imagine qu’un jour ta fille vienne te voir en larmes en te disant qu’un homme l’a violée, tu fais quoi?

Karine Tuil, Les choses humaines, Gallimard, 2019

Tout semble réussir aux Farel. Le père, Jean, est un grand journaliste politique animant sa propre émission et qui va recevoir la Légion d’honneur. Claire, sa femme, est une célèbre féministe. Quant à leur fils Alexandre, il fait partie de la prestigieuse université américaine de Stanford. Pourtant, le couple ne s’entend pas et chacun trompe l’autre. Alexandre, lui, a un passé très douloureux et une tentative de suicide derrière lui. Lorsque ses parents finissent par divorcer, il rencontre Adam, le nouveau compagnon de sa mère, ainsi que sa fille Mila, quatre ans plus jeune que lui. Lorsqu’elle porte plainte contre lui pour viol, tout s’écroule.

A travers les yeux des personnages, Karine Tuil nous fait découvrir toute la procédure d’un procès en cours d’assises. La douleur de Mila suite à ce traumatisme, le tiraillement de Claire entre l’homme de sa vie et son propre enfant, la haine de Jean pour cette famille qui accuse son fils et l’incompréhension d’Alexandre sont omniprésents dans l’histoire. Les discours des avocats sont extrêmement réalistes et prennent parfois plusieurs pages, ce qui ajoute de la crédibilité au récit. Et le suspense est encore plus fort, étant donné que nous n’avons pas de preuves de la culpabilité d’Alexandre, si ce n’est le témoignage de Mila.

Ce livre a gagné le Prix Interallié ainsi que le Prix Goncourt des lycéens 2019.

Publié dans Livres

Gisèle Halimi: « Non au viol »

Auraient-elles dû mourir pour que l’on reconnaisse qu’elles ont été violées?

Jessie Magama, Gisèle Halimi: Non au viol, Actes Sud Junior, 2013

Dans cet ouvrage de fiction, nous faisons la connaissance de Sarah, une jeune lycéenne au début des années 2010 qui aspire à devenir avocate. Elle obtient un entretien avec Gisèle Halimi pour la questionner sur sa carrière et son engagement féministe.

Tout comme Sarah, nous sommes fascinés par cette femme qui a défendu d’autres femmes sur le droit à l’avortement ou encore la reconnaissance du viol comme un crime. Les procès de Bobigny en 1972 et d’Aix-en-Provence en 1978 sont des affaires peu connues de la génération née au début du XXIe siècle. Pourtant, le récit de ces événements nous interpelle sur la situation actuelle. Nous prenons conscience que le combat féministe est loin d’être terminé. Il est toujours aussi difficile de se faire entendre quand on a été victime de violences sexuelles.

Comme pour les autres romans de la collection « Ceux qui ont dit non », l’ouvrage se termine par un dossier documentaire qui nous permet d’approfondir le sujet.

Publié dans Spectacles

Je demande la route, Roukiata Ouedraogo

Comédienne et chroniqueuse sur France Inter, Roukiata Ouedraogo est sur tous les fronts. Je l’ai vue pour la première fois sur la scène de l’Éclat, le théâtre de Pont-Audemer, lors de sa magnifique interprétation de Je demande la route. Elle y raconte son histoire depuis son enfance au Burkina Faso jusqu’à maintenant. Depuis, j’écoute ses podcasts avec gourmandise.

Mêlant sérieux et humour, Roukiata est pleine d’énergie et de générosité sur scène, ce qui ne manque pas de plaire aux spectateurs. Je demande la route est un spectacle qui nous fait du bien. L’artiste sait faire passer différents sentiments avec finesse et aborde des sujets variés. On rit quand elle raconte son adolescence à Ouagadougou, on retient nos larmes quand elle aborde l’excision ou la perte de ses proches à des milliers de kilomètres, on réfléchit sur nous-mêmes quand elle parle de ses premiers contacts avec des Français. On apprécie aussi la poésie et la musicalité du spectacle.

Beaucoup se reconnaîtront dans cette jeune adulte cherchant tant bien que mal à se faire une place dans la société. Et lorsque la salle retentit dans un tonnerre d’applaudissements, la jeune femme passionnée ne cache pas son émotion.

Alors, n’attendez pas une minute de plus pour croiser la route de Roukiata au théâtre ou sur France Inter.

Publié dans Livres

Journal d’un amnésique

Ce qui est un peu plus embêtant, c’est de ne pas se reconnaître dans le miroir qui se trouve en face de soi. Je veux dire, hors soirée Halloween, bien sûr.

Nathalie Somers, Journal d’un amnésique, Didier Jeunesse, 2019

Dans ce livre, nous vivons l’histoire à travers le journal de Romain Walinzky, un adolescent de 15 ans ayant perdu la mémoire suite à un mystérieux accident survenu dans son lycée. Comment était-il avant? Qui étaient ses vrais amis? Comment ses notes ont miraculeusement remonté alors qu’elles étaient si catastrophiques? Quel est le secret que ses parents tentent de lui cacher? Autant de questions sans réponses qui l’assaillent et l’intriguent.

L’auteure nous plonge dans les pensées du jeune homme de manière réaliste, en abordant le harcèlement scolaire, la difficulté d’adaptation et de reconstruction après un drame et la relation compliquée parent/enfant pendant l’adolescence.

Le point faible de l’œuvre: l’histoire se termine sans l’intervention des adultes, par des menaces entre les personnages. C’est dommage, car cela fait ressortir l’idée qu’il faut se débrouiller seul suite à des problèmes de harcèlement.

Ce livre fait partie de la sélection Prix des Ados 2020 du festival Livres et Musiques de Deauville.

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Les Ritals

J’étais parti pour raconter les Ritals, je crois qu’en fin de compte j’ai surtout raconté papa.

Cavanna, Les Ritals, Albin Michel, 1978

La première fois que j’ai entendu parler des Ritals, c’était en automne 2018, lorsque je suis allée voir son adaptation de Bruno Putzulu au théâtre L’éclat de Pont-Audemer. Quelques mois après, ma professeure de français nous a fait étudier un extrait puis je me suis décidée à lire ce roman autobiographique .

Dès le début, Cavanna rompt toute distance avec le lecteur et lui parle comme à une vieille connaissance. Nous sommes immédiatement propulsé dans son univers, à la fois violent et fascinant. Nous nous plongeons dans ses souvenirs d’enfant et d’adolescent les plus intimes. Nous découvrons ainsi la vie quotidienne des Ritals, immigrés italiens vivant durant l’entre-deux-guerres à Nogent-sur-Marne.

Cavanna ne parle pas de sa vie adulte en tant que rédacteur en chef de Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo, mais on reconnaît sa plume satirique (notamment pendant sa découverte du bordel).

Publié dans Livres

L’Odyssée d’Hakim

Est-ce que la répétition de ces naufrages de migrants avait conduit à ce que nous nous habituions à l’horreur?

Fabien Toulmé, L’Odyssée d’Hakim, tome 1, Delcourt, 2018

Avec un premier tome sorti en 2018, un second en 2019 et un troisième à paraître, L’Odyssée d’Hakim est une BD reportage qui raconte la véritable histoire d’un migrant syrien obligé de fuir son pays en y laissant sa famille.

J’ai découvert ce livre par hasard après me l’être fait conseillé par mon père. Dès les premières pages, j’ai accroché et je n’ai pas pu m’arrêter avant d’avoir tout lu. Le fait de raconter ce parcours à travers les yeux d’un jeune homme auquel on pourrait s’identifier et de savoir que ce n’est pas une fiction rend tout de suite le récit plus humain et bien différent d’un cours ou de statistiques. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai pleuré devant le livre, alors que devant des chiffres et des sondages, je ne ressentais qu’un léger pincement au cœur. C’est d’ailleurs ce même sentiment qui a conduit Fabien Toulmé à interviewer Hakim et sa famille, désormais réfugiés en France.

Dans le tome 2, la traversée de la Méditerranée par Hakim et son bébé m’a particulièrement bouleversée. Je ne regarde plus les reportages sur les migrants dans les médias de la même façon. Heureusement, que l’on sait dès le départ qu’Hakim est parvenu sain et sauf à rejoindre son épouse en France. Vous l’aurez compris, j’ai hâte de découvrir le tome 3.